En seulement six mois, l’initiative citoyenne européenne (ICE) réclamant la suspension de l’accord commercial entre l’UE et Israël a franchi le cap du million de signatures, France en tête. Porté par le collectif « Justice for Palestine », le mouvement espère atteindre 1,5 million de soutiens pour contraindre Bruxelles à agir.

Sur le million de signatures pour cette pétition citoyenne, la France est en tête, talonnée par l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Photo d’illustration. Pexel (@emmachhb)

Ce n’est pas une pétition isolée, c’est un mouvement paneuropéen coordonné, où la France domine le classement des signatures, talonnée par l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Si le dossier est complexe, au carrefour du droit commercial et des principes humanitaires, l’objectif, lui, est clair : forcer la Commission européenne à discuter de la suspension totale de l’Accord d’Association UE-Israël. Signé en 1995, entré en vigueur en 2000, cet accord régit les échanges économiques bilatéraux entre l’Union européenne et l’Etat d’Israël (évalués à plus de 42 milliards d’euros en 2024). Mais, et c’est là tout l’enjeu, il contient une clause de respect des droits de l’homme. 

Face aux opérations militaires en Palestine, en Cisjordanie et au Liban, l’UE serait donc « en contradiction totale avec ses propres principes » dénoncent les militants du collectif. Pour l’Alliance de la Gauche Européenne (ELA) à l’origine du texte, la situation est sans appel : « Un million de personnes ont pris la parole. L’Union Européenne doit respecter le droit international et mettre fin à sa complicité ». 

“L’Union Européenne s’enterre dans la boue du génocide”

Le climat s’est tendu depuis l’émission, en novembre 2024, d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale (CPI) contre Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israëlien, que plusieurs états-membres comme la France, l’Allemagne et l’Italie, ne se sont pas engagés à respecter. Si la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a bien proposé, en septembre 2025, de suspendre certaines concessions commerciales, l’eurodéputée Manon Aubry (LFI) juge ces mesures dérisoires : “J’en ai marre de ces opérations de communication et de ces débats. Depuis deux ans, nous demandons qu’il y ait des résolutions, des actes et des sanctions. Mais manifestement, l’Union Européenne s’enterre dans la boue du génocide”

Plus récemment, le retentissement mondial de l’humiliation publique des militants de la Flottille pour Gaza par le ministre israélien Itamar Ben Gvir, semble pousser la communauté internationale à “ouvrir les yeux”, analyse l’eurodéputée Rima Hassan (LFI) : “Cela fait longtemps que nous dénonçons ces actes, mais pour une fois qu’ils ont été filmés, cela va peut-être enfin changer les choses.”

“Légitimer notre parole”

Figure emblématique de l’initiative, la membre du groupe européen The Left compte, elle, sur la mobilisation citoyenne pour porter ce combat politique, fort aujourd’hui de plus d’1,2 million de soutiens. “Notre objectif est d’atteindre 1,5 million de signatures dans les trois prochains mois pour déposer une résolution au Parlement et une étude en Commission”, explique-t-elle. 

L’élue sera à Rome le 27 mai pour un rally de soutien, à Strasbourg le 17 juin pour une conférence, et contribuera à d’autres événements en visio. Une autre manière de continuer à porter cet appel à l’international. Et si Rima Hassan n’exclut pas une déception possible face à la bureaucratie européenne, ces ICE ont, selon elle, le mérite de “de ramener une expression citoyenne au sein de nos débats, mais aussi de légitimer notre parole politique, qui pourrait parfois être cantonnée à une minorité militante par nos opposants”.

Bruxelles pourra-t-elle ignorer cet appel ? Le bras de fer ne fait que commencer.

Maï Taos Haddad