Fragilisée par les crises, contestée de l’intérieur et bousculée par ses alliés, l’Union européenne arrive à un tournant décisif. Pour survivre, elle doit désormais prouver qu’elle peut protéger, agir et convaincre.

« La crise est le moment où l’ancien ordre du monde s’estompe et où le nouveau doit s’imposer. » Ces mots d’Antonio Gramsci, un philosophe et membre fondateur du Parti communiste italien, reflètent parfaitement l’épreuve que l’Union européenne doit surmonter. Contestée de l’intérieur et attaquée par des puissances extérieures, le projet qui est né il y a 70 ans avec la création de la Communauté économique européenne (CEE) a atteint un point de basculement. Maintenant, il faut s’affirmer et convaincre, pour éviter de sombrer.
Selon l’Eurobaromètre 2025, 27% des Français seulement déclarent faire confiance à l’UE. Pourtant, 55% se disent attachés à l’UE et 61% estiment que la France a bénéficié de son appartenance à l’UE. Trois-quarts sont favorables à une politique de défense et de sécurité commune. Autrement dit, ce n’est pas le projet européen qui provoque un rejet, mais les failles d’un système pointé du doigt pour sa lenteur et son inefficacité. Peut-on faire mieux, sans rompre avec l’esprit démocratique de l’organisation ?
Le grand danger est que la lassitude ou l’agacement se traduit par une montée des idées nationalistes, portées par des partis d’extrême droite. Un affront direct à l’esprit de coopération internationale intenté par le projet européen. Si le Rassemblement national n’ose plus parler de « Frexit », il soutient fermement l’idée d’un désengagement de la France vis-à-vis des institutions européennes. Cela afin d’arrêter le « gaspillage de l’argent du contribuable », pour reprendre les termes du président du parti Jordan Bardella.
Les attaques d’un allié méconnaissable
Depuis le 20 janvier 2025, date de l’installation de Donald Trump à la Maison blanche, l’UE se voit déstabiliser par les attaques répétées des Etats-Unis. En instaurant des tarifs douaniers insensés, le chef d’Etat américain crée une incertitude néfaste sur le marché mondial, et donc européen. Face à ce mode de relation inédit, les principaux Etats européens se retrouvent acculés. Pour l’instant, la réponse choisie est de courber le dos, de privilégier le compromis pour ne pas froisser la première puissance mondiale.
L’illustration la plus récente est l’accord douanier conclu entre les Etats-Unis et l’UE à l’été 2025. Le texte n’offre pas les meilleures conditions pour le Vieux continent, mais la menace de se voir imposer de nouveaux tarifs douaniers a poussé l’UE à le ratifier dans la nuit du 19 au 20 mai 2026. Selon un communiqué du Parlement européen, le texte final donne notamment aux Etats-Unis jusqu’à la fin de l’année pour supprimer les surtaxes supérieures à 15% sur les composants en acier, au lieu d’en faire une condition préalable.
Le désintérêt américain pour la défense de l’Europe pose également une nouvelle question. L’Europe est-elle capable de se défendre seule ? Si chaque état s’efforce d’augmenter son budget militaire, la mise en place d’un système de défense commun reste lointaine. Le maintien de la paix fait partie des grandes valeurs de l’Europe, mais encore faut-il être capable de la garantir.
Le danger de la stagflation
L’UE revendique aussi d’être un pôle économique attractif, en favorisant les échanges et l’activité de ses entreprises, autour d’une monnaie unique forte. Mais l’économie de l’Europe est mise à mal. « La commission européenne voit le piège de la stagflation se refermer sur l’Europe », titre ce jeudi Le Monde. Ce terme économique désigne la situation dans laquelle la croissance stagne alors que l’inflation augmente. En 2026, la croissance de la zone euro ne devrait pas dépasser 1%, tandis que l’inflation devrait culminer à 3%. Une conjoncture plus qu’inquiétante pour le pouvoir d’achat des Européens.
Elliot Ten Eyck
