Le Parlement Européen à Strasbourg. Photo : Soltane Ouazzani

La formule est traduite dans les vingt-quatre langues officielles de l’Union européenne. Elle est martelée en boucle, comme un leitmotiv. Elle parle de paix, de droit, de dignité humaine, de liberté. Elle présente volontiers l’Europe comme une puissance différente, née du refus de la guerre et de la barbarie, attachée à l’idée que les rapports entre les peuples ne devraient pas être gouvernés par la seule loi du plus fort.

Et, dans son essence, c’est sûrement ce qu’elle est : une union raisonnable, attachée à la paix, à la démocratie, au compromis, à une certaine idée de la politique comme art du pragmatisme. Une mère nourricière, prodiguant ses conseils, protégeant ses enfants, persuadée que la raison finit toujours par l’emporter.

Mais au-delà des paroles, au-delà des principes que l’on exhibe comme des médailles accrochées autour du cou, l’histoire récente pose à l’Europe une question brutale : que valent ces valeurs lorsque le monde cesse de les respecter ?

Depuis l’attaque du 7 octobre et les représailles génocidaires menées par le gouvernement israélien, depuis l’invasion de l’Ukraine par les forces armées russes, jamais les institutions internationales et européennes n’ont semblé aussi bafouées. Les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale font aujourd’hui figure d’amendes de stationnement oubliées au fond d’un tiroir. La Cour européenne des droits de l’homme est sans cesse remise en question. Les apparatchiks des populismes d’extrême droite pointent du doigt les « droit-de-l’hommistes », en pratiquant une inversion des valeurs morales qui avaient pourtant constitué le socle de nos sociétés d’après-guerre.

L’Union occupe aujourd’hui une place complexe : face à la nouvelle Amérique de Trump, aux velléités économiques de la Chine, à la nostalgie soviétique dévastatrice de Poutine, aux colonies illégales en Cisjordanie, l’Europe a le devoir de demeurer le gardien d’un équilibre que ces anciens alliés ont montré ne plus vouloir garantir. Enlever des présidents, mener des offensives territoriales ou rendre acceptable le meurtre de civils : c’est aujourd’hui que l’Union européenne, au lieu de s’affaiblir, doit de nouveau faire briller le sceau des Lumières.

C’est aujourd’hui plus que jamais que les sujets qui remettent en cause notre humanité ne doivent pas tomber dans les limbes de la bureaucratie. C’est aujourd’hui plus que jamais que l’Europe doit être ce qu’elle a toujours voulu être : un gardien de la paix, de la stabilité et de la pérennité. En espérant que, de nouveau, le vieux continent inspire au lieu d’être moqué.

L’Europe des valeurs ne peut pas rester une formule de sommet. Elle doit redevenir une exigence. Car une valeur que l’on ne défend qu’à condition qu’elle ne dérange personne n’est déjà plus une valeur : c’est un décor.

Soltane Ouazzani.

Rédacteur en chef d’un jour (le vendredi 22/05/2026)