Entre nouvelles règles d’accessibilité, stratégie européenne et future carte commune du  handicap, l’Union européenne veut renforcer les droits des personnes handicapées.  Mais sur le terrain, les inégalités restent fortes entre les États membres. 

En 2024, 9,4 % des personnes en situation de handicap âgées de 16 ans ou plus dans  l’Union européenne ont déclaré avoir été victimes de discrimination lors de leurs  échanges avec des administrations ou des services publics – Crédits : designer491 / iStock

Prendre le train à l’étranger, accéder à un site internet public, trouver un emploi ou simplement faire  reconnaître son handicap dans un autre pays européen : pour des millions d’Européens, ces démarches  restent encore complexes. Face à ces difficultés, l’Union européenne multiplie depuis plusieurs années  les initiatives pour construire une société plus inclusive. 

Avec sa stratégie 2021-2030 pour les droits des personnes handicapées, Bruxelles affiche une ambition  claire : permettre aux 87 millions de personnes handicapées vivant dans l’Union de participer  pleinement à la vie sociale, économique et démocratique. Pourtant, malgré des avancées importantes,  les disparités entre pays restent nombreuses.

Une stratégie européenne pour réduire les inégalités 

Adoptée en 2021 par la Commission européenne, la stratégie pour les droits des personnes  handicapées fixe plusieurs priorités jusqu’en 2030 : améliorer l’accès à l’emploi, à l’éducation, aux  transports, au logement et aux services numériques. L’Union européenne veut notamment renforcer l’autonomie des personnes handicapées et favoriser  leur inclusion dans tous les aspects de la vie quotidienne. Cette stratégie s’appuie sur la Convention  des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par l’Union européenne. 

Concrètement, Bruxelles encourage les États membres à adapter leurs politiques publiques. Certains  pays apparaissent déjà plus avancés. Les pays nordiques, par exemple, sont souvent cités pour leurs  efforts en matière d’accessibilité des transports publics ou d’insertion professionnelle. 

À l’inverse, dans plusieurs États membres, les associations comme l’agence des droits fondamentaux de l’UE mettent en avant un manque d’aménagements, des délais administratifs importants et des difficultés d’accès aux services publics. 

La carte européenne du handicap, un projet très attendu

C’est l’un des projets les plus symboliques portés par l’Union européenne : la création d’une carte  européenne du handicap.  Aujourd’hui, chaque pays possède ses propres règles de reconnaissance du handicap. Résultat : une  personne bénéficiant de certains droits dans son pays peut les perdre lorsqu’elle voyage ou séjourne  dans un autre État membre. La future carte européenne doit permettre une reconnaissance commune dans toute l’Union. Elle faciliterait notamment l’accès aux transports, aux réductions tarifaires, aux activités culturelles, sportives ou de loisirs. 

Prenons l’exemple d’un étudiant français en situation de handicap participant à un programme  Erasmus en Espagne. Actuellement, il peut rencontrer des difficultés pour faire reconnaître certains  droits ou bénéficier des mêmes avantages qu’un résident espagnol. Avec cette carte européenne, les  démarches devraient être simplifiées. L’objectif affiché par Bruxelles est double : améliorer la libre circulation des personnes handicapées et  renforcer l’idée d’une Europe sociale plus concrète. 

Mais certaines organisations européennes alertent déjà sur les limites possibles du dispositif. Le Comité économique et social européen estime notamment qu’il faut éviter « des différences dans la mise en œuvre au niveau national », au risque de créer une harmonisation incomplète des droits au sein de l’Union européenne.

L’accès à l’emploi reste le principal défi 

Malgré les progrès affichés, le marché du travail reste l’un des domaines où les inégalités sont les plus fortes. 

Dans l’Union européenne, le taux d’emploi des personnes handicapées demeure largement inférieur  à celui du reste de la population. Selon les données européennes, de nombreuses personnes  handicapées rencontrent encore des obstacles à l’embauche ou dans leur parcours professionnel. Les difficultés sont multiples : manque d’accessibilité des locaux, postes de travail mal adaptés,  préjugés persistants ou accès insuffisant à la formation professionnelle.

Dans certains pays, des politiques volontaristes ont permis des avancées. Les entreprises bénéficient  parfois d’aides financières pour adapter les postes de travail ou recruter des salariés handicapés. Mais  ailleurs, les dispositifs restent limités et les écarts importants. Le développement du télétravail depuis la crise sanitaire a toutefois ouvert de nouvelles perspectives  pour certaines personnes en situation de handicap, notamment dans les métiers du numérique. 

L’accessibilité numérique devient un enjeu majeur 

L’Union européenne cherche également à rendre les produits et services plus accessibles grâce à une  directive européenne sur l’accessibilité. Cette réglementation impose progressivement des normes communes pour plusieurs secteurs :  distributeurs automatiques, services bancaires, plateformes de commerce en ligne, livres numériques  ou encore smartphones. 

L’objectif est de permettre aux personnes handicapées d’utiliser plus facilement les services du  quotidien. Par exemple, les sites internet devront proposer des interfaces compatibles avec les logiciels  de lecture pour les personnes malvoyantes. Les transports sont aussi concernés. Plusieurs pays européens investissent dans des gares plus  accessibles, des annonces sonores adaptées ou des applications numériques facilitant les  déplacements. 

Des discriminations encore très présentes 

Au-delà des textes européens, les discriminations restent une réalité quotidienne pour de nombreuses  personnes handicapées. 

Selon plusieurs études européennes, les personnes concernées déclarent être davantage exposées aux  difficultés d’accès à l’emploi, à l’éducation, au logement ou encore aux transports. Dans certains pays, les infrastructures publiques restent peu adaptées. Dans d’autres, ce sont surtout  les discriminations sociales et professionnelles qui persistent. 

Malgré les progrès engagés par Bruxelles, de nombreuses associations comme European Disability  Forum estiment que les écarts entre États membres restent importants, notamment sur l’accès à  l’emploi et aux transports. 

Elsa Maire