Les jeux vidéo ont fait leur entrée dans l’hémicycle européen. Réunis en séance plénière à Strasbourg ce jeudi 21 mai, les eurodéputés ont débattu de la conservation des jeux en ligne et des droits des consommateurs. Le sujet fait suite à l’initiative citoyenne européenne « Stop à la destruction des jeux vidéo », portée par plus d’un million de signature dans toute l’Europe.

Photo d’illustration. Adobe Stock
Un jeu acheté peut-il disparaître du jour au lendemain ? C’est la question qui a animé les débats du Parlement européen ce jeudi 21 mai à Strasbourg. Pendant près d’une heure, les eurodéputés ont échangé autour de l’initiative citoyenne européenne « Stop à la destruction des jeux vidéo », portée par plus d’1,2 million de signatures à travers l’Union européenne.
Derrière ce nom, un constat simple : de plus en plus de jeux deviennent inutilisables lorsque leurs éditeurs ferment les serveurs nécessaires à leur fonctionnement. Même après achat, certains titres ne peuvent plus être lancés quelques années plus tard. Face aux députés européens, Moritz Katzner, représentant du collectif à l’origine de l’initiative, a dénoncé une pratique devenue fréquente dans l’industrie vidéoludique. « Lorsqu’un consommateur achète un jeu, il devrait pouvoir continuer à y jouer », a-t-il défendu devant l’hémicycle.
Le collectif demande notamment que les éditeurs mettent en place des solutions permettant aux joueurs de conserver un accès aux jeux après leur fin de commercialisation. Parmi les pistes évoquées : des modes hors ligne ou l’ouverture de serveurs communautaires.
« Les consommateurs pensent acheter un produit durable »
Rapidement, le débat a dépassé le simple cadre du jeu vidéo. Plusieurs élus ont élargi la réflexion à la question de la propriété numérique. Car derrière les consoles et les plateformes en ligne, c’est aussi le rapport des consommateurs aux biens dématérialisés qui interroge. « Les consommateurs pensent acheter un produit durable », a souligné l’eurodéputée irlandaise Cynthia Ní Mhurchú. Avant de poursuivre : « Pourtant, cet accès peut parfois disparaître sans véritable alternative. »
Dans l’hémicycle, les prises de parole favorables à l’initiative se sont multipliées. L’eurodéputée tchèque Markéta Gregorová a salué « une mobilisation citoyenne importante » et appelé l’Union européenne à mieux protéger les consommateurs face aux pratiques des grandes plateformes numériques. Même constat du côté de la finlandaise Maria Ohisalo. Pour elle, les jeux vidéo ne sont plus de simples produits de divertissement. « Nous parlons aussi d’un patrimoine culturel numérique », a-t-elle rappelé durant les échanges.
Bruxelles appelée à se positionner
Mais le débat a aussi fait émerger plusieurs réserves. Certains parlementaires ont rappelé que de nombreux jeux multijoueurs reposent sur des infrastructures techniques complexes et coûteuses.
« Nous devons trouver un équilibre », a estimé un député du groupe conservateur. « Il faut protéger les consommateurs sans imposer des contraintes impossibles aux studios européens ». La Commission européenne, elle, s’est montrée prudente. Le commissaire Michael McGrath a reconnu « l’importance croissante des biens numériques dans la vie quotidienne des Européens ». Il a toutefois rappelé que le sujet soulève des questions « techniques, économiques et juridiques ».
Désormais, Bruxelles doit rendre une réponse officielle à cette initiative citoyenne dans les prochains mois. Une étape décisive pour ce dossier qui pourrait ouvrir un nouveau chantier européen autour des droits numériques et de la préservation des jeux vidéo.
Léa Govin
