Le 13 mai, l’Union européenne a refusé d’interdire les thérapies de conversion dans la totalité de ses états-membres, malgré une pétition internationale d’un million de signatures et une résolution favorable du Parlement à Strasbourg. Un “échec” qui relance une question de fond : la voix citoyenne pèse-t-elle vraiment face à Bruxelles ?

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Avortement, jeux vidéos, relation UE-Israël.. Depuis quelque temps, les initiatives citoyennes européennes (ICE, ou ECI en anglais) se multiplient. Sur le papier, l’outil séduit par sa promesse d’horizontalité à l’échelle d’un continent multiculturel. Dans les faits, le passage de la mobilisation numérique internationale à la solennité des directives européennes équivaut souvent à un coup d’épée dans l’eau. 

La désillusion des thérapies de conversion

L’actualité du mois de mai en est la parfaite illustration. Forts d’une mobilisation citoyenne exemplaire depuis l’année dernière, les militants LGBTQIA+ et défenseurs des droits humains espéraient voir Bruxelles bannir définitivement les thérapies de conversion : “une pratique honteuse et inacceptable”, reconnaît la commissaire européenne Hadja Lahbib, chargée de l’égalité. 

Pourtant, le 13 mai, le couperet est tombé. Malgré un discours soulignant que “personne ne devrait avoir à vivre ça”, la Commission Européenne a renoncé à une interdiction stricte, étendue à tous ses états-membres, pour se contenter d’une simple recommandation à légiférer. Son argument ? La dizaine d’années qu’il aurait fallu pour obtenir l’unanimité, nécessaire à l’adoption d’une législation contraignante. 

“Cette décision me met en colère”, a déclaré récemment Manon Aubry. L’eurodéputée et cheffe de file du groupe The Left critique fortement la position de “célébration” de la Commission suite à cette annonce officielle. “Qu’est-ce que les personnes de la communauté LGBTQIA+ qui subissent ces horreurs, en ont à faire de ces “recommandations” ?”, a-t-elle fustigé en conférence de presse, avant d’assurer que son groupe parlementaire “ne lâchera rien” et “reviendra à la charge”.

À l’origine de la pétition, le groupe Against Conversion Therapy regrette « une occasion manquée » : « ​​​​​​​Dans un contexte politique international où la montée des idées réactionnaires touche le monde entier, il y a urgence à ce que l’Union européenne agisse », a-t-il insisté dans un communiqué.

Une nouvelle forme de démocratie ?

Alors, faut-il pour autant enterrer les ICE et crier à l’inutilité ? Si Manon Aubry reconnaît que “ces ICE contraignent la Commission à répondre, mais pas forcément à appliquer”, la députée choisit de voir le verre à moitié plein : “C’est inédit, autant d’initiatives citoyennes qui dépassent le seuil du million de signatures. Je pense sincèrement qu’on est en train d’inventer une nouvelle forme de démocratie.”

Car, si le résultat législatif immédiat fait souvent défaut, ces campagnes ont le mérite de pérenniser des sujets cruciaux dans l’agenda politique européen. C’est le cas du mouvement « My Voice, My Choice », qui a rassemblé des suffrages à travers l’Europe pour garantir un accès libre, sûr et gratuit à l’avortement “Même si nous n’avons pas obtenu de l’argent sonnant et trébuchant, cette initiative a quand même forcé la Commission à agir, face à cette éruption démocratique qu’elle n’avait pas prévu”, analyse Manon Aubry. 

Un outil de pression

À l’heure du bilan, si la déception guette légitimement les initiateurs de ces démarches face aux timidités (ou lâchetés ?) bureaucratiques de Bruxelles, il est indéniable que les ICE restent un formidable outil de plaidoyer. Pour la députée française, elles sont “la preuve que la démocratie européenne ne peut plus se faire dans un cadre fermé qui exclut les citoyens européens”.En effet, elles semblent contraindre les instances européennes à se justifier publiquement et participent activement au rayonnement de causes sociétales fondamentales.

Manon Aubry en reste persuadée : “Ce n’est que par cette pression citoyenne qu’on arrivera à obtenir quelque chose de cette Union européenne sclérosée, parasitée et paralysée par les nouvelles alliances de la droite et de l’extrême droite »

Maï Taos Haddad