Le Parlement européen a débattu ce 21 mai à Strasbourg de l’avenir du cadre juridique des biocarburants, dans un contexte de tensions énergétiques et de fortes divergences sur les bénéfices écologiques des alternatives aux carburants pétroliers. 

Pompe à essence à base d’E85. Photo Alicia Tournier

Le Parlement européen vient de débattre ce 21 mai de la « nécessité d’une adaptation du cadre juridique de l’Union relatif aux biocarburants durables », à l’initiative du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (ECR) et de la délégation française Identité Libertés. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz, la flambée des prix du carburant et les interrogations sur la stratégie européenne de sortie du moteur thermique d’ici 2035, le débat promet d’opposer visions industrielles, impératifs climatiques et enjeux de souveraineté énergétique.

Dan Jørgensen, le commissaire européen chargé du dossier a lui-même insisté sur la nécessité de « réduire la dépendance » énergétique européenne tout en « promouvant l’électrification et les carburants dits propres ». Selon lui, « il est crucial de soutenir les biocarburants », tout en veillant à ce qu’ils restent durables et encadrés par des labels afin d’éviter une production au détriment de l’alimentation.

« un suicide industriel au nom de l’idéologie verte » ?

« Tout miser sur le 100 % électrique est une erreur » estime la députée européenne Silvia Sardone et affirme qu’« une transition juste ne doit pas être une transition imposée ». Même tonalité du côté de l’eurodéputé Isabella Tovaglieri, qui évoque « un suicide industriel au nom de l’idéologie verte » et appelle Bruxelles à investir dans les biocarburants afin de « réduire les émissions sans détruire l’industrie ni condamner des millions d’emplois ».

La députée française Marion Maréchal juge pour sa part qu’il faut « diminuer le prix à la pompe », « réduire nos importations » et « réduire les émissions de carbone » grâce à un usage plus large des filières européennes de biocarburants. Elle dénonce « une absurdité écologique » dans les restrictions actuelles pesant, selon elle, sur le développement de ces solutions par les constructeurs automobiles.

Le député italien Herbert Dorfmann évoque quant à lui les surplus agricoles européens : « Le marché est inondé », affirme-t-il, évoquant même « des pommes de terre qui ne sont pas récoltées ». Pour lui, « il est absurde de se priver de ces matières premières ».

Il ne faut pas « être complices de la déforestation et de la faim »

Face à ces arguments, plusieurs eurodéputés et responsables écologistes mettent en garde contre les limites structurelles des biocarburants. L’eurodéputée danoise Sigrid Friis interroge : « Sommes-nous prêts à utiliser des véhicules qui tournent au soja ou au maïs ? » Même prudence du côté de Elsi Katainen, qui rappelle que « la quantité de biomasse est limitée » et déjà surutilisée pour l’alimentation ou le textile. Selon elle, il ne faut pas « être complices de la déforestation et de la faim ». « Ne faisons pas tourner nos moteurs à partir de nos aliments comestibles ». 

Le député écologiste allemand Martin Günther critique lui aussi ce qu’il considère comme des « pseudo-solutions ». « On nous parle depuis des années des biocarburants comme une alternative logique, mais en réalité ce sont des plantes comestibles abandonnées et des forêts sacrifiées », affirme-t-il. Il évoque également une « indisponibilité réelle de la quantité de biomasse disponible » et juge le modèle « impossible ». Même réserve chez l’eurodéputé Sebastian Everding : « Un carburant n’est pas automatiquement écologique parce qu’il ne vient pas du pétrole », explique-t-il.

La coexistence ?

D’autres élus dans l’hémicycle adoptent une position plus nuancée, refusant une lecture binaire du débat. Le social-démocrate suédois Johan Danielsson estime que l’électrification reste « cruciale pour le secteur routier », tout en reconnaissant que les biocarburants peuvent jouer un rôle important dans l’aviation et le maritime, notamment pour « réduire les dépendances ». Le Slovène Matej Tonin appelle, lui, à une approche plus équilibrée : « L’avenir du transport, c’est un écosystème où les solutions doivent cohabiter. »

A.T