Après l’alerte sanitaire sur le navire de croisière MV Hondius, le Parlement européen a débattu ce jeudi 21 mai de la préparation de l’Union face aux urgences sanitaires. Si plusieurs élus souhaitent renforcée la coordination européenne mise en place depuis la pandémie de Covid-19, d’autres mettent en garde contre une centralisation accrue des politiques de santé.

Le renforcement de la coordination européenne suppose une plus forte centralisation des directives à suivre en cas de crise sanitaires. Photo : Pexel / Anna Schvets

L’alerte à l’hantavirus à bord du MV Hondius et, sa couverture médiatique a réveillé un traumatisme encore bien présent : celui de la crise mondiale du Covid-19. Trois personnes sont décédés après avoir contractés une maladie contagieuse transmise par les rongeurs. 23 nationalités sur un navires de croisières bondés. Même si le foyer infectieux a été rapidement maitrisé grâce aux moyens mis en place, notamment par les autorités espagnoles et européennes, l’incident a suffi à raviver une question sensible : l’Union européenne est-elle prête à répondre collectivement à une nouvelle urgence sanitaire ?

Un incident sanitaire devenu test européen

Le navire transportait des passagers et membres d’équipage de plusieurs nationalités. Dès lors, la crise a rapidement dépassé le seul cadre législatif en haute-mer : suivi des passagers, rapatriements, quarantaine, coordination entre autorités sanitaires et échanges d’informations ont nécessité une réponse internationale.

Dans l’hémicycle, plusieurs eurodéputés ont vu dans cet épisode un test grandeur nature pour l’« Europe de la santé ». Pour les élus favorables à une coopération renforcée, le cas du MV Hondius montre que les outils créés ou consolidés depuis la pandémie doivent permettre d’éviter qu’un foyer limité ne se transforme en crise incontrôlée.

L’Espagne a notamment activé le mécanisme européen de protection civile pour faciliter le débarquement et l’évacuation des passagers. Une réponse saluée par plusieurs députés, qui y voient la preuve que l’Union peut apporter une valeur ajoutée concrète lorsque plusieurs États sont concernés par une même menace sanitaire. A l’exception d’une député espagnole, Elena Nevado Del Campo (démocrate-chrétien) qui a martelé à plusieurs reprises : « on ne peut attribuer la réussite des opérations sanitaires au premier ministre Pedro Sanchez. »

« Aucun État ne peut agir seul »

« Les virus ne respectent pas les frontières », a déclaré Stine Bosse, députée danoise du parti Renew, en reprenant les mots du directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. La formule a servi de fil conducteur au débat. Elle résume l’argument des partisans d’une coordination européenne globale. Face à la circulation des voyageurs, à la multiplication des crises sanitaires et au risque de propagation rapide, plusieurs députés ont insisté sur la nécessité de partager les informations en temps réel, d’harmoniser les protocoles et de renforcer les capacités de préparation.

L’eurodéputée socialiste espagnole Leire Pajín Iraola, négociatrice du programme européen de protection civile, a présenté l’épisode comme un avertissement. « L’hantavirus a rappelé que l’Europe doit sortir du modèle de la gestion crise sanitaires au seul moment où elles surviennent pour aller vers un modèle d’anticipation. »

La Commission européenne défend cette ligne. Elle met en avant le cadre construit depuis la pandémie : comité de sécurité sanitaire, systèmes d’alerte, surveillance épidémiologique et coopération entre agences européennes. L’objectif affiché est double : éviter la panique, tout en garantissant une réponse coordonnée et rapide lorsque le risque sanitaire touche plusieurs pays.

Certains députés craignent une trop forte centralisation 

La droite et l’extrême droite fait apparaitre une autre lecture. Pour certains députés, le cas du MV Hondius ne doit pas devenir un prétexte à une extension permanente des compétences européennes en matière de santé. Ils rappellent que la gestion sanitaire reste d’abord une compétence nationale et s’inquiètent d’une centralisation accrue autour de Bruxelles, voire d’une dépendance à l’OMS.

À leurs yeux, la coordination peut être utile, mais elle ne doit pas conduire à dessaisir les États de leurs responsabilités en matière de politique sanitaire, de quarantaine ou d’organisation hospitalière. L’eurodéputée allemande Christine Anderson, membre de l’AfD et du groupe Europe des nations souveraines, l’a résumé ainsi dans l’hémicycle : “Il faut agir quand il y a ce genre d’urgence, mais de manière proportionnelle, en respectant la subsidiarité. Encore une fois, vous vous servez d’une crise très particulière et confinée sur un bateau pour créer de nouvelles structures permanentes avec plus d’argent, plus de mécanismes de coordination, plus de gestion de la société à partir du centre, d’en haut. » La députée a ensuite tenue a rappeler que « que la santé, est une compétence des États membres ».

Ce contre-discours reste minoritaire dans le débat, mais il révèle une méfiance persistante depuis la pandémie de Covid-19. Pour une partie de l’hémicycle, la priorité n’est pas de créer de nouveaux outils européens, mais de garantir la transparence, le « contrôle démocratique » et le respect des compétences nationales.

Au-delà de ces divergences, l’affaire du MV Hondius a remis sur la table plusieurs fragilités du système de prévention des crises sanitaires. L’Europe est-elle prête à affronter les conséquences humaines, politiques et économiques d’un nouveau Covid-19 ?


Soltane Ouazzani