L’image de Helmut Kohl et François Mitterand se tenant la main symbolise l’amitié franco-allemande. 40 ans plus tard, ce dernier semble profondément affaibli. Sur plusieurs questions stratégiques, la coopération a laissé place au duel, entraînant une forte instabilité au sein de l’équilibre européen.

« Dans un moment où beaucoup de choses changent, il est bon de se rappeler des acquis de la construction européenne ». Dans l’oreille d’un Français, cette phrase prononcée par Angela Merkel devant le Parlement européen ce mardi 19 mai ravive, entre autres, la mémoire d’une amitié franco-allemande forte. Ce concept, né à la suite de la Seconde Guerre mondiale, apparaît affaibli. « On est plutôt entré dans une phase de brouille et d’incompréhension franco-allemande », analyse Christian Spillmann, ex correspondant de l’AFP et spécialiste des institutions européennes.
Signé le 17 janvier 2026 au Paraguay, le traité commercial avec le Mercosur est le point d’orgue d’un nouveau mode de relation entre la France et l’Allemagne, qui tourne presque au duel. En l’occurrence, Friedrich Merz a opté pour un passage en force malgré l’opposition ferme d’Emmanuel Macron, mis sous pression par le monde agricole et le Parlement. « L’Allemagne et la France n’ont pas voté ensemble, je le regrette profondément », déclarait le chancelier allemand. Le message est pourtant clair : les intérêts nationaux priment.
De nombreux désaccords
Depuis quelques mois, les deux plus grandes puissances de l’UE multiplient les points d’opposition, comme sur l’aide financière apportée à l’Ukraine. Alors que l’UE débloque en avril un prêt de 90 milliards de dollars, un débat s’ouvre sur la manière de le financer. Friedrich Merz souhaite mobiliser les avoirs russes gelés, ce qui est inenvisageable pour Paris. La France obtient finalement gain de cause. On pourrait aussi citer le projet d’un avion de combat du futur (SCAF) chargé de remplacer le Rafale, qui reste en suspens en raison du refus de l’Allemagne de travailler avec le constructeur aéronautique français Dassault.
Autre point d’inquiétude pour la France : la volonté affichée par Friedrich Merz de faire de l’Allemagne l’armée la plus puissante d’Europe. Une rupture claire avec promesse effectuée au moment de la réunification de l’Allemagne. Mais surtout une orientation politique perturbante en vue de la montée de l’AFD, le parti pro-russe d’extrême droite.
Une instabilité qui touche l’Europe
« On est dans une grande période d’incertitude parce qu’on ne sait pas du tout qui va remplacer Macron à l’Elysée. On ne sait pas non plus si Merz va survivre aux difficultés internes auxquelles il fait face », soulève Christian Spillmann. Par ailleurs, des élections doivent avoir lieu en 2027 en Espagne, en Italie, en Pologne et en Finlande. Ce contexte incite chacun à défendre ses intérêts, sans forcément chercher un cap commun. Historiquement, c’est justement un couple franco-allemand fort qui permettait de passer ces périodes de crise. Une fois un accord trouvé, chacun entraînait les pays qui sont dans son orbite. Mais cette Europe semble toucher à sa fin.
Le prochain grand chantier va être le vote du budget européen, pour la période 2028-2034. La volonté commune est de l’adopter cette année, afin d’éviter le moment des campagnes électorales. Si l’UE décide de baisser le montant alloué à la PAC, cela pourrait influencer directement les élections françaises ou italiennes.
Elliot Ten Eyck
