Pierre Cablé et Noé Rivallain
250 agriculteurs se sont rassemblés ce matin devant le Parlement Européen à Strasbourg, pour dénoncer la taxation des engrais en vigueur depuis le 1er janvier de cette année. Des agriculteurs venus des quatre coins d’Europe se sont réunis pour faire entendre leur voix face à la taxe carbone sur les engrais de Ursula von der Leyen.
« Von Der Tax », voici le surnom donné par les représentants du monde agricole à la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen. Rassemblés devant le parlement ce matin, 250 paysans entendent protester contre une taxe qu’ils jugent exorbitante. « Après la mobilisation contre le Mercosur en janvier, nous voici de nouveau obligés de venir à Strasbourg » a déclaré Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA.
Cette fois, il n’est pas question de libre-échange avec l’Amérique latine mais d’une taxe décriée par le monde agricole, qui s’estime « une nouvelle fois lésé par des réglementations toujours plus contraignantes » pour Hervé Lapie. La taxe en question, c’est le MCAF (Mécanisme d’Ajustement aux Frontières) qui reste en travers de la gorge des syndicats majoritaires. Pour faire simple, c’est une taxe carbone appliquée aux engrais importés, dont la production est une grande émettrice de CO². Le problème, c’est que les agriculteurs européens sont habitués à se fournir en engrais produit hors UE et que désormais, la facture a augmenté de « 40 à 60 euros par hectare » selon Hervé Lapie. Pour Joseph Lechner, exploitant retraité, c’est tout l’avenir de la filière céréalière qui est en danger : « nos intrants nous coûtent plus que ce que l’on produit. Comment voulez-vous transmettre une exploitation déficitaire ? ».
Le Moyen-Orient s’invite dans les débats
Un malheur n’arrivant jamais seul, le blocage du détroit d’Ormuz, par où transitent une grande partie de ces engrais ou de leurs composants, alourdit un peu plus l’addition pour une agriculture exsangue. Les revendications vont alors dans le sens d’une aide financière immédiate et le retrait de la taxe carbone. Avec comme argument principal, la sécurité et la souveraineté alimentaire de l’Europe. Les manifestants reprochent aussi à l’UE de ne pas encourager la relocalisation de production d’engrais en son sein, les contraignant à s’approvisionner hors UE.
« On ne peut pas vivre sous la perfusion d’aides européennes » confie un membre des JA. Pourtant, c’est un mode de fonctionnement loin d’être nouveau, depuis l’instauration de la PAC en 1962. Le modèle d’agriculture intensif semble prisonnier de son fonctionnement. Une agriculture inféodée à la chimie, un système fondé sur la hausse des rendements et une dépendance aux importations.
La commission présente un plan d’action : la taxe maintenue
La commission européenne a présenté un plan d’action pour aider les agriculteurs à faire face à la flambée des prix. Aucune suspension de la taxe carbone aux frontières n’a été décidée.
Face à cette situation, l’Union européenne ne veut pas seulement répondre à court terme. Comme elle dépend largement des importations pour ses engrais — à hauteur de 60 % de sa consommation — elle souhaite réduire cette vulnérabilité en misant sur deux leviers : multiplier ses fournisseurs et développer davantage sa propre production.
La Commission européenne envisage aussi de revoir certaines règles liées aux nitrates. L’objectif serait de permettre aux agriculteurs d’avoir recours plus largement au digestat, une matière issue de la transformation de déchets organiques par méthanisation, pouvant remplacer une partie des engrais chimiques. Mais cette piste est contestée par les défenseurs de l’environnement, qui alertent sur les risques de contamination des eaux.
Noé Rivallain










