La Commission européenne présentait ce mardi 19 mai son plan d’action pour soutenir les agriculteurs face à l’explosion du coût des engrais de synthèse. Les parlementaires de tous bords ont critiqué la stratégie de la Commission, jugée incomplète à droite, et irresponsable à gauche.

« L’Europe importe 30 % de son azote, 70 % de son phosphate et 40 % de sa potasse », explique Christophe Hansen, commissaire européen à l’agriculture. Ces matières premières dont dépend l’agriculture ont vu leurs prix exploser avec le conflit au Moyen-Orient. En réaction, l’Europe a adopté un « plan d’action pour les fertilisants » afin de réduire l’impact économique de la crise sur les agriculteurs.
Ce plan de la Commission est un jeu d’équilibriste. A court terme, il veut faire diminuer le coût des engrais synthétiques via un renforcement et une facilitation des aides de la PAC. À long terme, il compte renforcer la fabrication d’engrais européens biosourcés, moins polluants.
« Ce plan sent pire que le lisier dont nous parlons aujourd’hui »
Seule une vingtaine de parlementaires étaient là pour débattre du plan de la Commission. L’enjeu est pourtant énorme : « En 2024, les engrais étaient 60 % plus chers qu’en 2020. Aujourd’hui, ils ont pris 70 % par rapport à 2024, alors que les cours agricoles sont au plus bas depuis 2022 », explique Christophe Hansen. Si le constat des difficultés est unanime, les réponses de la Commission font débat.
Les députés de droite et d’extrême-droite regrettaient un plan incomplet : « Il faudrait suspendre les droits de douane sur les engrais importés », selon Crespo Diaz du groupe Parti Populaire Européen, qui dénonce une contradiction : soutenir l’acquisition d’engrais synthétiques via les aides de la PAC, tout en taxant ces acquisitions via le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, mis en place depuis le 1er janvier 2026.
Cette taxe, critiquée par plusieurs pays dont la France, et conspuée par des agriculteurs qui manifestaient devant le Parlement le matin même, n’a pas été remise en cause par la Commission. Thierry Mariani, du groupe Patriotes pour l’Europe, regrettait quand à lui « les sanctions européennes contre la Russie et le Belarus qui font augmenter les coûts pour les agriculteurs européens ». Les parlementaires de gauche critiquent également cette stratégie de soutien à l’acquisition : « Ce plan sent pire que le lisier dont nous parlons aujourd’hui, dénonce le député danois Per Clausen, c’est comme si on soignait une personne alcoolique en lui redonnant de l’alcool ».
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« Récupérer les nutriments via l’économie circulaire »
Les engrais de synthèse, abondamment utilisés à partir du début du XXe siècle, ont permis de faire bondir la production des grandes cultures : « entre 40 à 60% de l’accroissement des rendements moyens céréaliers », selon une étude de FranceAgriMer. Pourtant, leur impact environnemental est très lourd, causant notamment une pollution massive de l’eau et des émissions conséquentes de gaz à effet de serre (GES), équivalentes à celles du secteur aérien selon le cabinet de conseil Carbone 4.
« Nos agriculteurs biologiques nous montrent depuis des années qu’il est possible de cultiver sans ces engrais importés », assure Thomas Waitz, député Les Verts. Sa collègue Cristina Garda abonde : « Si nous voulons un système résilient, il faut récupérer les nutriments via l’économie circulaire ». Cette voie alternative défendue par les députés de gauche repose sur l’utilisation d’engrais biosourcés. L’azote et le phosphore sont par exemple présents dans le fumier, les digestats (résidus de méthanisation), ou les bio-déchets. La rotation avec des légumineuses permet également de fixer l’azote dans les sols.
La plupart de ces techniques prévalaient avant la découverte des engrais de synthèse à la fin du XIXe siècle, mais sont aujourd’hui minoritaires. S’ils peuvent également être à l’origine de pollutions (épandage de boues d’épuration, épandages de lisier excessifs, ou excès liés à la méthanisation), les engrais biosourcés présentent l’avantage d’être largement disponibles en Europe. Cette stratégie est donc favorisée par la Commission, pour qui ces intrants « pourraient remplacer
jusqu’à 20 % des importations », selon Christophe Hansen.
N. R.
