Mercredi 20 mai, l’Alsacienne Simone Polak, rescapée du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, a reçu la Légion d’honneur à la synagogue de la Paix, à Strasbourg. « Cette distinction ne m’appartient pas entièrement. Je pense à tous ceux qui ont subi le joug nazi et n’ont pas pu revenir. »

Simone Polak félicitée par le Grand Chancelier de la Légion d’honneur, François Lecointre, à la Synagogue de la Paix à Strasbourg le 20 mai 2026. Photo : Niccolo Inches

« La Légion d’honneur ne reconnaît pas le statut de victime. Simone est récompensée pour son héroïsme. » Devant plusieurs dizaines de participants, parmi lesquels des membres du Consistoire israélite du Bas-Rhin, de la communauté juive et des représentants des institutions locales (dont la maire et présidente de l’Eurométropole, Catherine Trautmann), le grand rabbin de Strasbourg Harold Avraham Weill a ouvert la cérémonie de remise de la Légion d’honneur à l’Alsacienne Simone Polak, l’une des dernières survivantes de la Shoah.

Depuis des années, elle arpente la région et ses établissements scolaires pour livrer son témoignage et faire perdurer le travail de mémoire. Son regard, d’apparence imperturbable, dissimule l’horreur vécue dans l’épicentre de l’univers concentrationnaire nazi, la page la plus sombre de l’histoire européenne.


« Ce n’est qu’un au revoir, mes frères »


Née en 1929 à Schirmeck, son nom figurait parmi les 1 200 passagers du convoi de la mort n.74, au départ de Drancy et à destination du camp d’Auschwitz-Birkenau. « J’avais oublié la date du 20 mai 1944, le jour où nous avons quitté le sol de France. Mais je n’ai pas oublié ce qui s’est passé ce matin pénible : le camp de Drancy était en effervescence très tôt, puis la gare de triage de Bobigny, avec le bruit terrible des locomotives à vapeur… Nous avancions par groupes de cinquante pour être répartis dans des wagons à bestiaux (…) Un voyage de trois jours et trois nuits, surveillés par un militaire allemand. Nous chantions “Ce n’est qu’un au revoir, mes frères” [le Chant des adieux, NDLR]. Trois pour cent seulement d’entre nous sont revenus. »


Le général François Lecointre, grand chancelier de la Légion d’honneur, l’a serrée dans ses bras en lui attribuant la plus haute distinction de la République française. « J’accepte avec beaucoup d’humilité [mais] elle ne m’appartient pas entièrement. Je pense à tous ceux qui ont subi le joug nazi et n’ont pas pu revenir. Je pense aux enfants qui n’ont pas pu voir vieillir leurs parents. » Enfant d’Alsace et d’Europe, Simone Polak, tout comme les autres « passeurs de mémoire qui ont survécu à l’indicible », continue de résister pour incarner l’espoir en ces temps agités.

Niccolo Inches