Le don de sang reste indispensable pour soigner des patients en urgence, accompagner des opérations lourdes ou fabriquer des médicaments à base de plasma. En France, le don de sang repose sur le bénévolat, l’anonymat et l’absence de profit. En Europe, l’Union européenne impose des règles sanitaires communes, mais chaque État conserve son propre modèle. Entre bénévolat français et compensation allemande, deux visions coexistent encore.

lui convient. On dit qu’une poche de sang sauve trois vies. », explique le docteur
Brullard. | Photo d’illustration
« Avec les différents types de dons possibles, chaque personne peut trouver celui qui lui convient. On dit qu’une poche de sang sauve trois vies. », explique le docteur.
À Strasbourg, des dizaines de donneurs se rendent chaque semaine à la maison du don de l’Établissement français du sang (EFS). À quelques kilomètres seulement, de l’autre côté du Rhin, certains centres allemands proposent une compensation financière pour les dons de sang. Deux systèmes voisins, mais deux philosophies différentes du don. L’une fondée sur la solidarité, l’autre sur l’incitation.
En France, le modèle repose sur quatre principes : anonymat, volontariat, bénévolat et non-profit. Le don est présenté comme un acte citoyen et solidaire, sans aucune rémunération. Pour l’EFS, cette absence de contrepartie participe directement à la sécurité transfusionnelle en limitant les pressions économiques sur les donneurs et réduit le risque de dissimulation d’informations médicales. Le sang n’est pas une marchandise, et son prix couvre seulement les frais liés à la collecte, à la préparation et à la distribution. Ce schéma est majoritaire dans l’ensemble de l’Union européenne.
« Cependant un certain nombre d’États membres autorisent également des entités privées à assurer la collecte de plasma. Quatre pays l’autorisent : l’Allemagne, l’Autriche, la République tchèque et la Hongrie. Dans ces pays, les entreprises du fractionnement contournent régulièrement le principe du don volontaire et non rémunéré en offrant des compensations généreuses aux donneurs. », peut-on lire dans un communiqué de l’EFS sur la législation sur le sang, les tissus et les cellules.
Le plasma au cœur du débat
Les besoins en produits sanguins augmentent pourtant partout en Europe. Le plasma, partie liquide du sang utilisée dans la fabrication de nombreux médicaments, est particulièrement recherché. L’Union européenne reste d’ailleurs dépendante des importations étrangères pour couvrir certains besoins. Cela implique des risques sanitaires selon les pays dont les prélèvements proviennent car les règles sanitaires ne sont pas identiques selon les pays.
Dans ce contexte, certains pays ont choisi d’autoriser une compensation financière afin d’élargir le vivier de donneurs. L’Allemagne autorise ainsi un financement, principalement pour le don de plasma. Les donneurs peuvent recevoir une indemnisation destinée à compenser le temps consacré au prélèvement. Néanmoins, la somme accordée peut varier selon les centres de prélèvements. Mais cette possibilité alimente un débat ancien : faut-il préserver un don strictement altruiste, ou accepter une forme d’incitation pour sécuriser les stocks ?
Une législation européenne commune
L’Union européenne encadre pourtant le don de sang depuis plusieurs années. L’affaire du sang contaminé est passée par là. Dans les années 1980 et 1990, des milliers de malades ont été infectés par le sida et l’hépatite C en recevant des dérivés sanguins et des transfusions de sang. Des directives européennes ont alors été adoptées entre 2002 et 2004 afin d’imposer des normes communes de qualité et de sécurité.
En juin 2024, un nouveau règlement européen, appelé SoHO, est venu renforcer ce cadre. Il concerne les substances d’origine humaine comme le sang, le plasma, les tissus ou les cellules. Ce texte vise à renforcer la sécurité sanitaire, la traçabilité et la coopération entre États membres. Il encourage le don volontaire et non rémunéré, présenté comme le modèle le plus sûr et le plus éthique. Mais il laisse aussi une marge de manœuvre aux pays dans l’organisation de leurs collectes.
Des pratiques encore très différente
Pour autant, la réglementation européenne n’impose pas un système unique. Chaque État membre conserve une marge de manœuvre importante dans l’organisation de ses collectes. La France privilégie un système strict, entièrement public et bénévole, piloté par l’EFS. D’autres pays, comme l’Allemagne, autorisent des acteurs privés et des compensations financières, notamment pour le plasma. Les pratiques restent compatibles avec le droit européen tant que les exigences de sécurité et de qualité sont respectées.
Pour les acteurs français, l’enjeu est clair : maintenir un haut niveau de sécurité sanitaire tout en répondant à la hausse des besoins, notamment en plasma. Derrière ces débats se joue une question majeure : comment garantir l’autosuffisance européenne en produits sanguins sans remettre en cause les principes éthiques du don ? Un enjeu de santé publique appelé à prendre encore plus d’importance dans les années à venir.
Elsa Maire
