Les groupes ultras des clubs de football de Strasbourg, de Karlsruhe et de Berlin, entretiennent une amitié unique depuis plus de 35 ans. Cette « Freundschaft », ou amitié, s’est forgée dans les tribunes, les déplacements et à travers la passion d’une vision commune du football.

À Strasbourg, les panneaux sont recouverts de stickers bleus et blancs. Cette marée d’autocollants raconte la vie des groupes de supporters ultras. Parfois, ils affichent les noms de trois villes : Strasbourg, Karlsruhe et Berlin. Alors ils évoquent les liens d’amitié entre les groupes ultras du Racing Club de Strasbourg, du Karlsruher SC et du Hertha Berlin SC, qui durent depuis plus de 35 ans. Joli hasard, les trois clubs arborent les mêmes couleurs : bleu et blanc.
Les premiers contacts entre Strasbourgeois et Karlsruhers remontent à la fin des années 1970. « Outre-Rhin, le football était bien plus développé qu’en France », explique Thierry*, inconditionnel supporter du RCSA depuis 40 ans. « On se rendait à plusieurs à Karlsruhe toutes les semaines, comme c’est à côté de Strasbourg. On est devenus amis assez naturellement. »
De l’hooliganisme aux ultras
Un des premiers groupes de supporters strasbourgeois, le Blaue Front, se crée. Proche de l’hooliganisme (il intègre des actions violentes) très en vogue chez les supporters allemands de l’époque, il se renomme Meinau Boys en 1988. Les Karlsruhers assistent à des matchs à la Meinau et les Strasbourgeois continuent d’affluer du côté du Wildparkstadion. L’amitié se resserre un peu plus avec des déplacements communs tout au long des années 90.
En 1990, un nouveau groupe de supporters du RCSA se crée à la suite d’incidents : les Ultra Boys 90 (UB90). « En Allemagne, les supporters étaient plus des hooligans que des ultras. Les UB90 se sont démarqués par cette identité ultra », poursuit Thierry.
« L’amitié est née »
Mais, au début de leur existence, les UB90 n’entretiennent pas de relation privilégiée avec les Karlsruhers. Il faudra attendre 1999 et la création des Phönix Sons 99 (PS99), groupe d’ultras soutenant l’équipe de Karlsruhe, pour que ces liens ressurgissent. « Lors d’un déplacement à Besançon […], les événements dégénèrent et permettent aux UB de se rendre compte que les Karlsruhers, là, se comportent comme des ultras. L’amitié est née », relate dans un article Anthony Weissmuller sur le site Planète Racing. Les deux groupes sont jumelés.
Dans les années 2000, d’autres groupes d’ultras émergent de part et d’autre. Si le jumelage officiel entre UB90 et PS99 prend fin en 2013, « l’amitié s’est étendue à l’ensemble des groupes des deux tribunes. La fin du jumelage ne signifie pas la fin de l’amitié entre l’ensemble des ultras des deux villes », pointe Thierry.
La « Freundschaft », une amitié triple
Strasbourg, Karlsruhe, Berlin : l’amitié est triple. « L’ami de mon ami est mon ami. L’ennemi de mon ami est mon ennemi », ironise Thierry. « L’amitié entre Karlsruhers et Berlinois remonte à un déplacement des Berlinois à Karlsruhe », écrit Anthony Weissmuller. Les supporters des deux clubs auraient sympathisé autour… de litres de bière !
À force de se côtoyer grâce aux Karlsruhers, Strasbourgeois et Berlinois se lient également d’amitié. Aujourd’hui, la triplette se fait surnommer la « Freundschaft » ; littéralement « l’amitié » en français.
* Pour préserver son anonymat, le nom du supporter du RCSA a été modifié.
Paul Blanc
