Après plus de six ans de travaux, l’inauguration en décembre 1999 du nouveau Parlement européen de Strasbourg a marqué un cap dans l’Histoire de l’Union européenne. A l’aube de l’an 2000, elle compte quatorze états-membres et s’apprête à en rallier douze autres. Au-delà de la conception logistique pour pouvoir accueillir plus de 700 députés, le cabinet Architecture Studio a pensé ce bâtiment institutionnel comme un symbole architectural.

L’Europe, une œuvre inachevée

Photo : Noé Rivallain

Circulaire, à doubles parois (extérieur métallique moderne VS intérieur historique de grès rose vosgien), le bâtiment Louise Weiss est une véritable tour de Babel contemporaine. Et pourrait, de loin, paraître inachevée : la spirale s’arrête en pleine course. Plus de bureaux, ni de vitres, il ne reste que l’ossature et la perspective du ciel. Un choix visuel audacieux, qu’on pourrait facilement caser dans l’art “comptant pour rien”. Mais qui, en réalité, symbolise parfaitement ce “work in progress” qu’est l’Europe : une union en (re)construction permanente, ouverte vers un avenir commun, mais toujours en lutte avec ses identités culturelles respectives. 

Plus de vitres, moins de corruption

Photo : Noé Rivallain

Cela pourrait être un simple détail, une sélection aléatoire de matériau moderne. Pourtant, le choix d’avoir vitré parois, coursives, ascenseurs, ponts et bars n’a rien d’innocent. Car, s’il y a bien un outil capital pour une politique pérenne et éthique, c’est la transparence. De n’importe quel étage, du nord au sud du bâtiment, du coin des députés à celui de la presse, vous pouvez voir qui parle avec qui. Et si, on le sait bien, cette volonté architecturale n’empêche ni la corruption ni les lobbys de pénétrer les institutions européennes, elle a l’avantage de ne pas la cacher. Et d’apporter de la lumière, ce qui n’est pas négligeable quand on passe la journée enfermé.

Renaître de ses cendres

Un ravin, jonché de débris d’ardoises d’où s’élèvent des lianes : c’est le décor central des coursives, entre les bureaux et l’hémicycle. Les connaisseurs reconnaîtront rapidement des monstera, connues pour leur résistance et résilience, face à la maltraitance humaine… Hasard de dingue ? Je ne crois pas. Choix technique ? Sûrement. Installation poétique ? Évidemment. L’Union Européenne est née de pays en ruines, fracturés par la Deuxième Guerre mondiale, nécessitant une alliance autour du charbon et de l’acier. Noirceur de la période, noirceur des matériaux : l’image était toute trouvée. 

Des liens fragiles

Photo : Noé Rivallain

Impossible de passer des bureaux à l’hémicycle sans emprunter des ponts. Ici, c’est facile, la symbolique est claire : réconcilions-nous ! Pourtant, il faut avoir marché dessus pour en comprendre le sens plus profond. Les ponts vibrent sous les pas de celles et ceux qui les empruntent, l’écho de leur détermination les font trembler. Celle-là, vous l’avez ? Oui, les liens européens sont solides et fragiles à la fois. Mais nécessaires. Il n’y a qu’à suivre l’actualité pour s’en rappeler.

M.T.H.